Paris Art Week,
le parti pris plutôt que la tendance
Design Miami Paris, Thema et quelques showrooms : une semaine pour se rappeler que le luxe n'a jamais été sage.
Une semaine, deux foires, quelques adresses
Chaque fin octobre, Paris concentre ce que l'art et le design de collection ont de plus exigeant. Cette année, Design Miami Paris s'installait à l'Hôtel de Maisons, Thema réunissait artistes et ateliers, et plusieurs showrooms ouvraient leurs portes.
Nous n'y sommes pas allés chercher des tendances, mais des pièces qui prennent position. Quatre façons de le faire se sont imposées.
Du corail sous les boiseries
À l'Hôtel de Maisons, Nilufar a fait d'une suspension sa pièce maîtresse. Signée Christian Pellizzari et soufflée à la main à Murano, elle descend du plafond comme une branche de corail et de verre, et le salon entier se met à graviter autour d'elle. À ses côtés, le Para-Bar Jóia de StudioDanielK, conçu pour la galerie et fabriqué en Italie, est à la fois paravent et bar privé : bronze, parchemin et palissandre, en six exemplaires.
Dans le jardin, la Galerie Patrick Seguin a remonté la Maison démontable 6×6 de Jean Prouvé, habitée à la japonaise. Une maison née de l'urgence de 1944, face à la façade XVIIIe de l'hôtel.
Le contraste ne s'excuse pas. Il s'assume.

Cuivre, laiton, bronze liquide
Ce qui nous arrête, c'est souvent la trace de la main. Chez Morentz, le buffet Patchwork de Paul Evans, vers 1970, assemble cuivre, bronze et étain, martelés feuille à feuille. Le paravent Rörligt Objekt de Mats Theselius dresse ses panneaux de cuivre patiné, et l'applique ondulato de Carlo Scarpa pour Venini filtre la lumière à travers un verre de Murano ondulé. Trois époques, une même exigence.
Chez Kreo, la console Arc-en-Ciel d'Élisabeth Garouste et Mattia Bonetti rappelle la liberté d'un vocabulaire à la fois savant et joyeux. Les tables d'appoint Leopard de Jean-Baptiste Fastrez poussent le jeu plus loin : sur un laiton travaillé à la main, la patine, logée dans les creux, fait naître les taches.
À Thema, Zoé Ouvrier a sculpté un grand motif de branches sur les portes d'un buffet, qu'Arik Levy a ensuite revêtu de bronze liquide. Et chez Scène Ouverte, Silver Sentimenti, passé par la haute couture avant de revenir à la céramique, tresse l'argile en chevrons comme on travaillerait un tissu.
Sans le métier, l'audace ne serait qu'un effet.


Le temps, et le ciel
Notre découverte de la semaine se trouvait à Thema, chez Aline Erbeia. Sa table de backgammon Éphéméride fait du jeu une mesure du temps : vingt-quatre flèches pour les heures, trente pions pour les jours du mois, les dés pour l'imprévu. Son plateau en Cristallo Pink, incrusté de Rosso Lepanto et de Bianco Neve, compose un paysage minéral.
Le temps pour la table, le ciel pour son fauteuil Nébuleuse : au dossier, un soleil brodé par la Maison Lesage ; au revers, une marqueterie de chêne qui rayonne depuis un point unique, comme la naissance d'un astre.
Une forme attire le regard. Une idée le retient.

Un mouton, un chantier
Dans les showrooms, l'audace change de ton. Chez Franck Genser, elle passe par l'humour : des tables basses Piscine et leurs échelles en laiton, un collier de perles géant qui s'échappe d'un buffet laqué, un mouton en guise de table d'appoint. Et l'ensemble reste d'une élégance parfaite : les murs blancs, les formes organiques et les luminaires dessinés pour le lieu laissent chaque pièce respirer.



Charles Zana, lui, ouvre son futur showroom de la Rive Droite avant les travaux. Sur le plâtre à nu et les murs écaillés que l'on voit en couverture, il a posé une longue table, un canapé rond et des sculptures antiques. Des murs bruts, des pièces sublimes, et l'envie d'imaginer le lieu avec lui.
L'élégance n'a besoin d'être ni sérieuse, ni achevée.


Choisir, en trois temps
Une suspension qui fait graviter tout un salon. Une maison d'urgence face à une façade du XVIIIe siècle. Un mouton dans un showroom, un chantier ouvert au public. Partout, la même leçon : une belle pièce ne suit pas une tendance. Elle prend position.
C'est ainsi que nous choisissons chaque pièce.
D'abord, un parti pris
Celui qui attire le regard et tient un espace, comme la suspension de Christian Pellizzari tient le salon de l'Hôtel de Maisons.
Puis, un savoir-faire
Celui qu'on lit dans la matière et qui promet de durer : le cuivre martelé de Paul Evans, la patine des tables Leopard.
Enfin, une juste place
Une pièce ne se pose pas dans un lieu : c'est le lieu qui se compose autour d'elle. Lors d'une conférence au Rice Global Paris Center, les architectes Troy Schaum et Michael K. Chen allaient dans le même sens : parfois, l'architecture doit s'effacer pour laisser toute sa place à l'art.
Le luxe n'a jamais été sage.
Alessia Camosetti, Setti
Pour des intérieurs qui racontent votre histoire, vos voyages, vos inspirations.
Curation, sourcing en direct et direction de projet. Sélection sur place, contrôle avant expédition, confidentialité totale sur les sources. À Monaco ou à Paris.