Le bureau de Fahad Hariri chez Pinto
Journal

Paris Design Week, septembre 2026

Une semaine à parcourir Paris, de galerie en showroom : ce que cette édition nous a dit de la matière, de la lumière et du seuil.

Par Alessia CamosettiParisSeptembre 20267 min
Giopato & Coombes

L'instant, rendu matière

Découverte de l'univers de Giopato & Coombes : des designers pour qui la nature et l'expérience d'un instant se matérialisent. Les best-sellers Bolle évoquent les bulles de savon des enfants, vues flottant dans l'air. La collection Bruma, elle, traduit visuellement le brouillard vénitien posé sur l'eau.

Coup de cœur pour la suspension de la nouvelle collection Norki : son empilement de modules de verre de Murano donne, sous une lumière diffuse et douce, un effet vert d'eau.

Suspension Norki, verre de Murano
Suspension Norki, verre de Murano
Suspension Bruma, Giopato & Coombes
Suspension Bruma, Giopato & Coombes
Galerie Boketto

Le tissu d'abord, la pièce ensuite

Boketto est le genre de galerie où l'œil est attrapé d'emblée, et où la passion de la curation vous retient des heures. Autour d'un échange sur nos manières respectives de sourcer, Hristo, Managing Partner de la galerie, me confie que le plus souvent, lorsqu'il trouve un tissu formidable, il attend la pièce parfaite pour l'accueillir, et non l'inverse.

Le récit que Boketto construit autour de pièces monuments du design s'impose au visiteur comme une évidence : le tissu Rubelli posé sur le mythique Moon Sofa de Zaha Hadid, la Ribbon Chair de Paulin.

Chez Boketto, on ne regarde pas un meuble, on entre dans une pièce, et la visite se ritualise. Les sculptures en céramique de Noé Kuremoto se tiennent fières, comme pour veiller sur le lieu, tandis que la fumée d'un palo santo s'élève des pendants signés Lucie de Chaumont.

Ribbon Chair de Paulin, Galerie Boketto
Ribbon Chair de Paulin, Galerie Boketto
Pendants Lucie de Chaumont, palo santo
Pendants Lucie de Chaumont, palo santo
Galerie Oasis

Pour un été qui n'a pas de fin

Le duo de la Galerie Oasis, Léa Zéroil et Robin Costes, inaugure le Club Pacifico. Au fond du bar, un décor peint à la main : un coucher de soleil sur lequel se posent des ombres de palmiers, jusqu'à ne plus savoir lesquelles sont peintes. Au-dessus, un plafond de nacre où la lumière se casse en petits disques.

Chez Oasis, texture, reflets et lumière tissent un motif qui raconte une histoire de vacances, de mer, de rivage. Tout nous transporte.

Club Pacifico, décor peint à la main
Club Pacifico, décor peint à la main
Plafond de nacre, Galerie Oasis
Plafond de nacre, Galerie Oasis
Transposition

Un jardin d'hiver, plein sud

Imaginons la suite ailleurs. Une pièce ouverte sur la mer, au-dessus de Cap Ferrat, dont les murs sont peints d'une végétation qui prolonge celle de la terrasse : on ne sait plus où s'arrête la pinède. Un bar en rotin, des céramiques bleues, deux lampes hautes, et un plafond qui retient la lumière de six heures.

On y sert quelque chose de froid, les ombres de palmiers passent sur les murs peints, et l'été n'a plus de raison de finir. Ci-dessous, la version imaginée par Pinto, entre Renaissance italienne et élégance à la parisienne.

Le jardin d'hiver, Pinto
Le jardin d'hiver, Pinto
La pinède et la vue mer, Cap Ferrat
La pinède et la vue mer, Cap Ferrat
La Lune Galerie

Un certain désir de silence

L'exposition de La Lune Galerie, Un certain désir de silence, nous donne pourtant énormément à lire : dans les bas-reliefs sculptés de la bibliothèque signée Sepa x Atelier Pesmois, qui évoquent des pages de livres qu'on y aurait rangées.

Bibliothèque Sepa x Atelier Pesmois, La Lune Galerie
Bibliothèque Sepa x Atelier Pesmois, La Lune Galerie
Pierre Frey

Une première, et un pari tenu

C'est la première fois que Pierre Frey ouvre un showroom dédié à sa gamme de mobilier, et le pari est réussi : un salon aux couleurs audacieuses, où les motifs se répondent sans se disputer. Coup de cœur pour la ligne d'assises Betty, qui fonctionne aussi bien en intérieur qu'à l'extérieur.

Ligne d'assises Betty, showroom Pierre Frey
Ligne d'assises Betty, showroom Pierre Frey
Salon Pierre Frey, boiseries et tapis rayé
Salon Pierre Frey, boiseries et tapis rayé
Pinto

Mille facettes, une collection

Tour guidé chez Pinto, dans un univers aux mille facettes imaginé autour de la collection d'antiquités de Fahad Hariri. Chaque pièce fait découvrir un monde différent : le musée, le cabinet de curiosités, le jardin d'hiver. Son bureau, en couverture de cet article, tient des deux premiers — une bibliothèque entière derrière la table, et sur la table, des objets rapportés qu'on regarde un par un.

Chez Pinto, l'idée d'extérieur / intérieur revient, portée par les matériaux naturels et par leur trompe-l'œil. On observe un motif cannage en papier peint, puis de nouveau sur le tissu du canapé Ipanema : coup de cœur pour son piétement en version résine patinée bronze.

Canapé Ipanema, galon cannage — Pinto
Canapé Ipanema, galon cannage — Pinto
Cannage en papier peint, Pinto
Cannage en papier peint, Pinto
Marqueterie
Focus matériau

Le bois, en profondeur

C'est le matériau le plus intéressant de la semaine, surtout dans cette version noire : un buffet et une table où la marqueterie crée un véritable effet de profondeur. Sur la table, le nombre de plateaux est difficile à deviner, et c'est précisément ce qui retient notre attention. La lumière change sous chaque angle, parce qu'elle se reflète différemment sur chaque pièce de placage.

À savoir

La marqueterie assemble des feuilles de placage de quelques dixièmes de millimètre, découpées puis collées en motif sur une structure massive. Sa forme moderne se fixe dans les ateliers européens du XVIIe siècle, et le sens du fil y fait tout : deux feuilles du même bois, orientées différemment, ne renvoient pas la même lumière. C'est ce décalage, plus que la couleur, qui dessine le motif.

Cabinet Titan en marqueterie, version noire — Pinto
Cabinet Titan en marqueterie, version noire — Pinto
Table Topo, Anne Jacquemin-Sablon
Table Topo, Anne Jacquemin-Sablon
Galerie May

Nouvelle scénographie, cap sur Londres

Découverte de la nouvelle scénographie chez Galerie May, qui se prépare à conquérir le PAD London pour la première fois. On a adoré le canapé CHESS II et son damas gris lumineux, ainsi que les piétements imposants de la table TORR, qui trouve aussi une déclinaison en piédestal.

Canapé CHESS II, damas gris — Galerie May
Canapé CHESS II, damas gris — Galerie May
Table TORR et son piétement, Galerie May
Table TORR et son piétement, Galerie May
Épilogue

Une semaine, quatre leçons

i

Le tissu peut précéder la pièce

Ce n'est pas la seule bonne manière de faire, mais c'est une pensée qui mérite qu'on s'y arrête, surtout pour le vintage et les pièces d'exception. Elle en dit long sur la façon d'interpréter une pièce historique du design : un parti pris qui finit par s'imposer.

ii

Le seuil comme motif

Cannage, résine, assises d'extérieur, décors peints : la frontière dedans / dehors se travaille par les matériaux, avant les volumes, et avec un certain sens du jeu.

iii

La lumière fait la couleur

Verre de Murano tirant au vert d'eau, plafond de nacre, damas gris, marqueterie qui se déplace d'un angle à l'autre : ces pièces se choisissent sous la lumière dans laquelle elles vivront.

iv

Les détails tissent l'histoire, en silence

Une sculpture qui veille sur un salon, la fumée d'un palo santo qui s'élève d'un pendant. On les remarque en dernier, et ce sont eux dont on se souvient.

Alessia Camosetti, Setti

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